Pour Ana Maria Asan, le son occupe le rôle de l’odeur et de la saveur chez Proust, qui restent encore longtemps « comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir l’édifice immense du souvenir », lorsque d’un passé lointain rien ne subsiste.

Le projet Sonores a pris naissance en 2010-2011 à un moment charnière de la vie de l'artiste et rassemble depuis plusieurs installations sonores et objets céramiques. L’argile étant un de ses matériaux de prédilection, elle cherche à l’utiliser, à la découvrir et à la faire découvrir aux autres à travers des aspects moins communs. En dehors de quelques instruments de musique, présents dans différentes cultures, la céramique a la capacité, trop peu explorée, d’engendrer du son.

Si les formes des objets dérivent d’un vocabulaire fonctionnel, elles ne leur confèrent aucune utilité. Elles s’éloignent du design par le processus même de réalisation (coutures apparentes, arêtes tranchantes et excroissances) qui les place plutôt dans une zone incertaine, en quelque sorte altérée. Organique ou mécanique ? Dans le cas d’autres objets, cet éloignement est marqué par des cuissons primitives aux résultats visuels aléatoires et irréproductibles. La référence au design est pourtant évidente pour certains objets et installations appartenant au projet.

Du son imaginé jusqu’à l’expérience sonore réelle, ces objets poussent le spectateur à devenir auditeur, opposant matérialité de la terre à l’immatérialité du son. La collecte, la juxtaposition, le chevauchement des sons rappellent les manipulations de l’artiste céramiste travaillant l’argile.

La taille des objets est en rapport avec certaines parties du corps : mains pour les objets produisant des sons de percussion et de frottements, bouche pour les objets se laissant traverser par le souffle et la respiration.

C’est un travail dont le processus qui mène tant à la visibilité qu’à l’audible ne se fonde pas sur la ressemblance, mais se constitue par analogie.

Nous vivons dans un monde invasif, bruyant. L’artiste prend position et refuse de devenir un auditeur passif, de plus en plus accablé par ce que le monde extérieur lui « impose ». Loin de se contenter d'obtenir quelques « bruits » faciles, Ana Maria Asan pousse en permanence les limites du sensoriel pour accéder au non-matériel. Sa création est une invitation à découvrir nos capacités de réflexion et d’étonnement ouvrant d'autres possibilités à la céramique contemporaine.

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